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Comparatif écrans LCD
Un changement de technologie
Depuis que les fabricants de tubes cathodiques (CRT) ont abandonné la fabrication des produits haut de gamme, il devient impossible de trouver des écrans cathodiques art graphique sur le marché. Le professionnel qui souhaite changer d’écran ne dispose que de deux choix, celui d’acheter un CRT d’entrée de gamme ou de s’offrir un LCD.
La technologie des écrans LCD était jusqu’alors cantonnée au domaine bureautique ou médical. Son utilisation dans les arts graphiques se limitait à des tâches ou la qualité de l’image n’était pas critique. Les fabricants s’appuient desormais sur les dernières avancées technologiques et nous proposent des écrans LCD qui auraient toutes les capacités des écrans CRT, plus les avantages des LCD.
Apple Cinema Display 23
Apple a fait le choix de ne pas proposer à l'utilisateur de réglage autre que l'intensité du backlight. il n'est donc pas possible d'ajuster le contraste du moniteur, encore moins le point blanc. Ainsi si le contraste ou le point blanc natif ne convient pas à l'usage que l'on veut faire de l'écran, Il faudra que le logiciel de "calibration" ajuste les réglages de la carte vidéo. Nous avons fait tous nos tests à 5000 K, le point blanc natif des moniteurs Apple est environ 6500 K, la carte vidéo se voit donc chargée de récupérer l'écart.
Nous avons rencontré sur notre écran Apple de sérieux problème d'homogénéité de la dalle, qui présentait des dominantes colorées importantes. Notre écran n'était pas - selon nous - utilisable pour la retouche d'image professionnelle. D'après le service technique d'Apple qui a mesuré la dalle à plusieurs endroits, ce défaut n'est pas hors norme pour le constructeur. En conclusion, si vous achetez un Cinema Display vous pouvez obtenir une dalle de bonne qualité, ou comme nous une dalle présentant des zones colorées car Apple n'est pas en mesure de vous assurer une dalle qui soit parfaite. Ceci n’a rien à voir avec la norme ISO XXX qui concerne l’état de fonctionnement des pixels.
Par ailleurs, si vous souhaitez utiliser votre écran pour l'épreuvage, vous devrez ajuster son point blanc à une valeur proche de 5000 K. sachez que pour le moment ce n'est pas possible de la faire sans charger des courbes de compensation dans la carte vidéo.
Notez que cet écran est compatible avec la norme VESA DDC/CI (voir glossaire url), les logiciels de calibration pourraient donc tirer parti de cette fonction pour calibrer l'écran automatiquement. Malgré plusieurs essais avec i1 Match qui supporte aussi le DDC/CI, nous ne sommes pas parvenu à exploiter cette possibilité : au dire du support de GretagMacbeth et d’Apple, les deux sont à la norme mais pas la même...
En conclusion, nous déconseillons l'utilisation de cet écran pour des applications critique en couleur. Cet écran garde pour lui un design superbe et un format panoramique très confortable mais cela ne fait pas oublier son manque d’homogénéité.
Eizo Color Edge CG21
Eizo a été, le premier avec Apple à proposer le LCD aux professionnels des arts graphiques Nous avons ici testé un écran, qui a déjà démontré ses capacités chez de nombreux utilisateurs. L'écran est garantie 5 ans, la dalle et le backlight sont garantis 3 ans.
L’écran est livré avec le logiciel Color Navigator, mais la sonde est en option. Depuis Juillet 2005 le logiciel est compatible avec les sondes GMB et OPTIX XR.
Le logiciel calibre réellement le moniteur, il permet d’ajuster la température de couleur du point blanc de l’écran, la luminance du point blanc ainsi que le gamma de façon totalement automatique.
Nous avons pu calibrer et caractériser le moniteur avec les solutions GMB et X-Rite sans aucun problème. Il est toutefois plus simple et plus rapide d’utiliser le système Eizo.
Une fois cette étape de calibration effectuée, le logiciel génère un profil ICC (type Matrice). Ce profil n’est pas basé sur des mesures, il est construit d’après les paramètres de calibration. À l’usage, cette approximation n’est pas génante car la calibration est très précise. Nous avons comparé ce profil « générique » avec un profil construit à partir de mesures et nous n’avons pas constaté de différence notable. Toutefois, si l’on compare la caractérisation faite avec Optix XR ou i1 Match, on s’aperçoit que Color Navigator sous-estime un peu le gamut du moniteur. Ainsi les images apparaissent légèrement plus saturées avec le ‘générique’.
En contrepartie, l’absence de mesure pour la création du profil réduit nettement le temps nécessaire au processus. Comparé à ses concurrents, l'Eizo se règle ainsi très rapidement.
CRT contre LCD
Généralement on retient que les LCD ont pour avantages :
- Absence totale de scintillement,
- Finesse et géométrie d’affichage excellente,
- Encombrement faible,
- Consommation électrique réduite,
- Dynamique importante,
- Ca fait class !
Par contre ils présentent les inconvénients suivants :
- Un coût plus élevé pour une surface d’affichage équivalente,
- Difficile à calibrer,
- Angle de vision limité,
- Gamut couleur plus petit.
LCD Art Graphique
À grands coups de dalle S-IPS, de DDC-CI et autres acronymes, plusieurs fabricants (on devrait pour certains plutôt parler d’assembleurs) proposent une gamme « art graphique ». Ces écrans très haut de gamme pourraient répondre aux exigences des photographes, retoucheurs, chromistes, etc...
Angle de vision amélioré, système de calibration intégré, gamut élargi, seul le prix semble ne pas pouvoir évoluer dans le bon sens.
Les écrans testés à la Color Academy
Ce que nous demandons à un écran
- Afficher la gamme la plus large de couleurs
- Afficher les couleurs de façon précise et reproductible
- Restituer les fins détails
- De reproduire des dégradés sans cassure
- D'avoir une dynamique suffisante
- De pouvoir être utilisé pour l’épreuvage écran
Comment les avons-nous testés
Paramètres cibles pour la calibration:
Nous avons suivi les préconisations de l’ISO pour la calibration des moniteurs (ISO 12646), à savoir :
Chromaticité du point blanc égale à celle du D50,
Luminance du point blanc : 90 cd/m2,
Luminance du point noir : 1 cd/m2 (taux de contraste 1 :100).
Calibration manuelle:
Nous avons vérifié que le moniteur disposait bien de réglages efficaces pour ajuster:
La luminosité,
Le contraste,
La température de couleur.
Nous avons aussi vérifié que ces écrans pouvaient être calibrés et caractérisés avec les logiciels Monaco Optix Pro et i1 Match de Gretag Macbeth.
Calibration et caractérisation automatique:
Nous avons vérifié que les logiciels de calibration fournis avec les écrans répondaient aux critères suivants :
- Fonctionne !
- Offre un choix suffisant de paramètres de calibration : gamma, point blanc, contraste et luminance du point blanc.
- Le temps de calibration et la mise en œuvre les rends utilisables.
Qualité du SoftProof d’une planche CMJN ISO Couché:
Nous avons pour cela visualisé l’Altona Test Suite dans Acrobat 6 et utilisé les fonctionnalités d’épreuvage écran du logiciel d’Adobe. Nous avons ainsi comparé la simulation écran avec la sortie presse sur papier type 1 (couché brillant) placé dans un système de contrôle d’épreuve Just Normlicht (D50).
Qualité de l’affichage d’une image RVB:
Nous avons affiché plusieurs images issues d'un scanner rotatif ou de prises de vues numériques. Cela nous a permis de juger de la qualité globale du rendu des couleurs et des détails.
Capacité à afficher une image Adobe RVB:
Pour tester la capacité d’un écran à afficher l’Adobe RGB, nous ne nous sommes pas contentés de comparer le profil de l’écran avec celui de l’Adobe RGB. En effet certains logiciels ne construisent pas le profil à partir des mesures mais par rapport à une cible à atteindre. Ainsi la patatoïde peut englober des couleurs que le moniteur n’est pas capable d’accepter.
Nous avons donc utilisé une image RGB que nous avons affichée dans Photoshop CS. Cette image est disponible sur le site de Don Hutcheson. Avec presque 5000 échantillons, ce fichier peut servir de nuancier RVB. Il suffit de lui attribuer le profil que l’on veut tester (l’Adobe RGB dans ce cas) pour voir si l’écran est capable d’afficher distinctement toutes les couleurs.
Le QUATOGRAPHIC Intelli Proof 21
QUATOGRAPHIC revient sur le marché art graphique avec une gamme d'écran plat nous avons testé le haut de gamme: l'Intelli Proof 21.
Cet écran est livré en option avec son logiciel de calibration iColor Proof IP. Ce logiciel permet une calibration automatique du moniteur et une caractérisation complète de celui-ci. Au lancement, le logiciel qui n'est disponible qu'en anglais nous demande quels paramètres utiliser: luminance du point blanc, température de couleur et gamma du système.
Le logiciel procède alors à la calibration interne du moniteur puis à sa caractérisation. Notez que QUATOGRAPHIC a choisi comme Eizo, de s’appuyer sur une interface propriétaire. Ainsi le moniteur est relié par un câble USB à l’unité centrale. C’est à travers ce câble que transitent les ordres du logiciel de calibration.
Le logiciel de QUATOGRAPHIC, propose les deux types de profils moniteurs supportés par l’ICC : de type Matrice ou LUT 3D.
Un profil Matrice décrit les limites du gamut du périphérique, une TRC (Courbe de Reproduction Tonale) complète cette description à l’intérieur du gamut…
Un profil LUT fonctionne comme celui des imprimantes, il nécessite aussi plus d’échantillons de mesures que le profil matrice mais décrit mieux le comportement du moniteur, l’affichage serait alors plus précis.
Dans la pratique nous n’avons pas constaté de gain à utiliser les profils LUT avec les logiciels Adobe. Lorsque nous testons la précision du profil à l’aide de logiciels dédié les profils LUT se montrent plus précis mais ce n’est pas confirmé par le softproof de Photoshop CS ou d’Acrobat 6.
QUATOGRAPHIC indique dans l’aide en ligne de son logiciel que Photoshop n’exploite pas correctement les profils LUT, ce mode serait donc à réserver pour d’autre applications de soft proof, affaire à suivre donc…
Pour les geek, le logiciel propose différentes méthodes d’adaptation chromatique. Si vous calibrez votre écran à 5000 K, vous pouvez ignorer ce réglage.
Le QUATOGRAPHIC dispose aussi d’une fonction de test et de comparaison du gamut de l’écran, mais cette fonction se contente de vous présenter des deltas E, qu’il faudra interpréter. Pour ceux que ce genre de fonction intéresse, Monaco Optix Pro ou Profiler 4.7 proposent un suivi dans le temps de votre moniteur, un graphique permet de déterminer facilement si le moniteur doit être recalibré.
QUATOGRAPHIC publie un white paper sur la calibration des moniteurs, le document est disponible en anglais, ici
Le NEC SpectraView
NEC Display Solutions, jusqu'à ce qu’ils décident l’arrêt des tubes « diamontron » en décembre dernier, était l’un des meilleurs fabricants d’écran pour les arts graphiques, il fournissait aussi de nombreux assembleurs comme LaCie, Formac etc…
Nec-Mitsubishi, nous propose un écran de haute qualité utilisant la technologie LCD… Les différentes références et les versions OEM troublent les esprits, voici donc un résumé du marché :
NEC Display Solutions, propose à son catalogue l’écran NEC MultiSync 2180UX (en noir et en beige), ce matériel est fourni sans logiciel de calibration
LaCie, propose un écran en tout point identique mais carrossé en bleu avec une casquette bleue nuit (on aurait préféré gris ou mieux noir…). Un logiciel de calibration LaCie est disponible en option, nous n’avons pas testé ce logiciel car il n’était alors pas disponible. Espérons que le logiciel fonctionne mieux que celui qui était proposé à prix d’or avec les CRT.
NEC Display Solutions, propose aussi le SpectraView. Cet écran est un LCD2180UX, sélectionné (NEC vérifie l’homogénéité de la dalle), habillé de noir, il est livré avec une casquette et surtout un logiciel de calibration le Spectraview Profiler.
Si nous n’avons pas rencontré de problème à régler les autres écrans, avec le logiciel de calibration de Gretag ou de Monaco, il faut bien le dire, le cas du Nec est un peu différent. Il faut jongler entre les menus en mode avancé et si le réglage de la luminosité et du contraste ne posent pas problème, le réglage de la température de couleur est très délicat.
Les utilisateurs du LCD2180UX ou du LaCie 321 vont donc avoir le plus grand mal à régler, le point blanc sur certaines valeurs. Par contre avec Spectraview Profiler et un Optix XR, le logiciel règle tout seul, luminosité, contraste et TC.
Bien que le logiciel SpectraView Profiler fonctionne très bien, nous avons quelques reproches à lui adresser:
- La calibration et la caractérisation prennent 18 minutes. Il semble que ce temps soit dû aux échanges DDC/CI,
- Le logiciel est protégé par un système de licence très restrictif. Pour fonctionner le logiciel nécessite un enregistrement. Cet enregistrement est lié à la machine. Il semblerait que NEC n’a pas prévu que l’on utilise son écran sur deux machines (une machine de bureau et un portable par exemple).
Comparatif
Nous avons mis côte à côte : le CG21, le QUATOGRAPHIC, le NEC SpectraView, un CRT Diamond Pro et une cabine d’observation Just Normlicht équilibrée à 5000 K.
Il apparaît que si les dalles présentent de légères différences, il est assez difficile de préférer un modèle au détriment d’un autre.
Soft Proofing CMJN
Les trois écrans ont passé le test du soft proofing du document CMJN sans problème. Leur gamut englobe la totalité de celui de l’ECI ISO Coated. La précision des moniteurs fait le reste. Pour cela les trois moniteurs se sont montrés aussi performants et ont laissé sur place le CRT pourtant utilisé dans les mêmes conditions.
Affichage d’image RVB
Si à partir d’images CMJN, nous n’avons pas pu objectivement trouver de gagnant, l’affichage du RGBexplorer fut moins favorable au CG21. L’Eizo CG21 dispose en effet d’une dalle en léger retrait par rapport aux deux autres, il offre ainsi moins de détails dans les très hautes saturations. Le remplaçant du CG 21 arrive à point puisque Eizo à déjà présenté le CG 210. Équipé d’une nouvelle dalle, cet écran gomme l’écart avec ses concurrents.
Le SpectraView et le QUATOGRAPHIC se sont montrés très performants, bien qu’ils ne soient pas encore capables d’afficher les couleurs les plus saturées de l’Adobe RVB. On tient là de très bon écrans pour tous ceux qui retouchent leur fichiers en mode RVB. Notons que le QUATOGRAPHIC laisse toutefois apparaître de légères lignes horizontales mais la précision de l’affichage des couleurs fait vite oublier ce défaut.
Pixel morts
Le site hardware.fr a publié un article expliquant ce que sont ces pixels morts et comment l’ISO a défini les tolérances.
Notons que QUATOGRAPHIC communique clairement les normes de tolérance suivante pour les pixels défectueux.
- maximum 10 sous pixels défectueux
- maximum 4 sous pixels défectueux dans une zone de 1.5 cm x 1.5 cm
- maximum 4 pixel défectueux (complètement actifs ou éteints)
La documentation technique rappelle que les écrans sont conformes à l’ISO 13406-2 classe II
Les écrans Eizo répondent à la norme ISO 13406-2 classe II
A ce sujet Eizo dispose d’une page en français ici
Le Spectraview est lui aussi conforme à l’ISO 13406-2 classe II
LaCie ne communique pas sur ce point, la brochure n’indique pas de conformité à la norme ISO.
Dommage qu'aucun n'écran de ce prix ne soit de classe I
Appareils de mesures utilisables
Le logiciel d’Eizo fonctionne pour le moment avec les appareils GMB et XRITE :
i1 Display, i1 Display 2, i1 One Monitor et i1 Pro, OPTIX XR (DTP94)
La compatibilité avec les appareils X-Rite est maintenant assurée .
Le logiciel livré avec le NEC SpectraView peut être utilisé avec les appareils de mesures suivants :
- Avantes Spectrocam (uniquement sur Mac),
- basICColor SQUID,
- GretagMacbeth EyeOne Display,
- GretagMacbeth EyeOne Monitor,
- GretagMacbeth EyeOne Pro,
- GretagMacbeth Spectrolino,
- Monaco OPTIX XR et XR2 (X-Rite DTP94),
- Sequel Chroma4,
- Sony Artisan,
- X-Rite DTP92 USB.
Le logiciel QUATOGRAPHIC fonctionne avec :
- Les spectrophotomètre de la gamme Eye One. (les colorimètres i1 Display et i1 Display 2 ne sont pas supportés),
- Monaco OPTIX XR et XR2 (X-Rite DTP94),
- Sequel Gamma4cl (Monaco Optix sonde ronde, BC Squidd).
Conclusion
Le CG21, le CG210 , le QUATOGRAPHIC comme le SpectraView jouent dans la même catégorie. Ces trois écrans satisferont -presque- tous les professionnels, même les plus exigeants. Nous avons dans tous les cas été agréablement surpris par la qualité de leur système de calibration. Ils offrent tous presque les mêmes fonctions. Si vous devez départager ces écrans, vous allez devoir surveiller d'autres points comme la garantie, la finition, le prix, le sérieux du revendeur, etc...
Au final, ces écrans LCD nous ont emballés, nous attendons maintenant de voir les OLED
Yann Gratier de Saint Louis
Color Academy
yanngdsl@gestiondescouleurs.com
YANN GRATIER de SAINT LOUIS
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